Église Protestante Unie de Royan
Méditation

Où reposer sa tête ?

mercredi 10 mars 2010 par Douglas Nelson

Le mal-logement pose une vraie question à ceux et celles qui veulent suivre Jésus...

Et il advint qu’allaient s’accomplir les jours de son enlèvement, et lui, il rendit ferme sa face pour marcher vers Jérusalem. Et il envoya des messagers devant sa face. S’étant mis en marche, ils entrèrent dans un village de Samaritains pour lui préparer sa venue. Mais ceux-ci ne l’accueillirent pas, parce qu’il était en marche la face tournée vers Jérusalem. Voyant cela, les disciples Jacques et Jean dirent : Seigneur, veux-tu que nous disions au feu de descendre du ciel et de les dévorer, comme le fit aussi Élie ? Mais lui, s’étant tourné, les réprimanda. Et ils marchèrent jusqu’à un autre village.

Et tandis qu’ils marchaient, en chemin, quelqu’un lui dit :
Seigneur, je te suivrai où que tu ailles.
Et Jésus lui dit :
Les renards ont des tanières,
et les oiseaux du ciel des refuges,
mais le Fils de l’homme n’a pas où reposer sa tête.

 [1]

En chemin

Quel est le but de ma vie ?
Quelle est ma destination ?

Nous cheminons tous dans l’existence humaine.
La vie de chacun est faite de départs,
de déplacements, d’étapes.

A certains moments de la vie,
les buts et les objectifs peuvent me paraître clairs :
finir des études, obtenir un diplôme ou des qualifications,
décrocher un travail, mener à bien un projet,
qu’il soit personnel ou professionnel,
faire un voyage, partager du temps avec la famille…

A d’autres moments,
ses buts et objectifs peuvent devenir plus obscurs :
la maladie, le deuil, une difficulté personnelle ou professionnelle
ou tout simplement un passage à vide,
peuvent faire qu’il devient plus difficile de cheminer,
plus difficile à faire face à la vie,
parce que je vois moins bien où je vais…

Ou peut-être plutôt, je pressens trop bien
quelle sera ma destination finale,
et cela me trouble et met tout en question.
Au bout de notre chemin, à une échéance plus ou moins longue,
au bout de notre chemin, se trouve une croix,
comme symbole de la confrontation avec la mort et la souffrance.

La question se pose : où reposer sa tête ?

Le visage de la liberté

Ce récit de l’évangile de Luc est un texte charnière ;
nous découvrons Jésus à un moment décisif de sa vie :

Et il advint qu’allaient s’accomplir les jours de son enlèvement...

Le mot grec employé ici par Luc est un mot rare.
Il peut aussi être traduit par le mot élévation.
Dans sa traduction, Darby emploie le mot assomption.

Luc fait référence à la destitution finale de Jésus.
Il parle de sa mort, bien évidemment,
mais pense aussi à sa résurrection et surtout son ascension.

Le mot évoque l’histoire du prophète Élie qui, selon la légende,
n’a pas connu la mort, mais a été enlevé par un chariot de feu,
peu de temps après avoir choisi son successeur, Élisée. [2]

Mais le destin de Jésus est autre.
Jésus sait qu’il ne peut pas échapper à la condition humaine,
qu’il doit affronter la souffrance et la mort.
Il a déjà évoqué à deux reprises sa mort prochaine. [3]

C’est donc un texte charnière :
ici commence la longue montée vers Jérusalem,
le long chemin qui mène vers la croix
et la confrontation avec la mort.
Mais Jésus marche aussi vers la victoire sur la mort,
car le choix de langage ici n’est pas neutre.
L’évangile, la bonne nouvelle, est que la destination finale
des êtres humains que nous sommes n’est pas seulement la mort,
même si nous devons tous passer par là.

Et il advint qu’allaient s’accomplir les jours de son enlèvement, et lui, il rendit ferme sa face pour marcher vers Jérusalem.

Le texte grec est rendu littéralement :
il a durci son visage, fortifié sa face.
Le texte évoque donc toute la détermination de Jésus,
sa ferme résolution de faire face, justement, à son destin.

Ce mot visage ou face revient encore à deux reprises :
Jésus renvoie des messagers devant sa face, et les habitants d’un certain village samaritain ne veulent pas le voir
car il était en marche la face tournée vers Jérusalem.

Le visage de Jésus reflète cette décision, ce libre choix,
d’assumer sa vie et sa mission jusqu’au bout,
d’affronter la croix, la croix qui devient un symbole,
le symbole de tous ces lieux de crise
où le sens de notre existence est mis en péril.

Désormais le visage de Jésus indique une direction, un sens.
C’est le visage de la liberté.
Jésus nous révèle le chemin de notre véritable humanité.

Jésus nous apprend que notre véritable liberté
n’est pas de fuir les croix qui menacent notre existence.
Plutôt que de les fuir, il faut les affronter, leur faire face,
en faisant confiance à la puissance de la vie
qui nous est donnée, malgré nos échecs et nos faiblesses.

La suite du récit pose la question de savoir
si on est prêt à accueillir ce visage,
et plus encore, si on est prêt à suivre la direction qu’elle indique.

Les Samaritains ne veulent pas voir
ce visage tourné vers Jérusalem.
Ils ont sans doute leurs raisons.
Nous savons que les relations entre juifs et samaritains
à l’époque de Jésus étaient assez hostiles.

Jésus ne s’impose pas. Il laisse aux autres leur liberté.
Ses disciples qui voient dans ce refus un motif de jugement
et se proposent même de faire venir le feu du ciel,
l’image triste d’un christianisme impérialiste que Jésus récuse.

Certains manuscrits grecs renforcent cette reprise en main
par Jésus des ses disciples en ajoutant cette autre parole :
Le Fils de l’homme n’est pas venu pour perdre
(ou faire disparaître) la vie d’hommes, mais pour les sauver.

Le salut de Dieu se réalise
non pas par la violence et la contrainte,
mais par la faiblesse, l’acceptation de l’échec,
qui fait confiance justement à la liberté humaine.

Jésus part dans un autre village
et il n’est pas dit quel accueil celui-ci lui a réservé.
Jésus pour l’instant n’a pas trouvé un lieu où reposer sa tête.

Cette méditation a ouvert la journée de réflexion organisée le jeudi 25 février à Royan par la région Grand Ouest de la Fédération d’Entraide protestante (FEP) sur le thème Crise du logement – quelle place pour un investissement bénévole ?.

[1Luc 9,51-58 (traduction F. Bovon, L’évangile selon Luc 9,51 – 14,35, Genève, Labor et Fides, 1996, p.29, 36.).

[2Cf. 2 Rois 2,1-11.

[3Luc 9,22.44.

[4Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu’un de semblable à un fils de l’homme ; il s’avança vers l’ancien des jours, et on le fit approcher de lui. On lui donna la domination, la gloire et le règne ; et tous les peuples, les nations, et les hommes de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle qui ne passera point, et son règne ne sera jamais détruit. Daniel 7,13-14 (traduction Louis Segond).

[5100 000 sans domicile fixe
plus de 500 000 personnes privées de domicile personnel
ayant recours à une forme d’hébergement précaire
plus de 200 000 vivant dans les conditions de logement très difficile,
surpeuplé ou de très mauvaise qualité
plus de 800 000 personnes en situation d’occupation précaire,
sous-locataires ou occupant un logement sans droit ni titre
suite à une décision de justice prononçant l’expulsion.


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